• Que peut l'art pour la société

    Les institutions culturelles et le marché de l’art sont les commanditaires de l’art contemporain. Souvent enfermé dans les musées et les centres d’art, il demande de faire l’effort de venir à lui. Les prix des oeuvres sont inaccessibles pour la plupart des citoyens. Plusieurs milieux de l’art coexistent, sans se côtoyer vraiment, les propositions réunissent des artistes ou des travaux, par pratiques, écoles esthétiques, groupes culturels,… Depuis l’art moderne, les artistes se sont sans cesse libérés des carcans qui les enferment, repoussant les limites esthétiques et théoriques, à la recherche de formes ultimes qui seraient débarrassées de tout. Mais c’est également la société toute entière qui n’a cessé de changer depuis la fin du XIXème siècle et la prise de conscience de la nécessité d’une lutte des classes. L’écart des richesses se creuse et les sociétés en souffrent.
    En quoi le milieu de l’art est-il touché, concerné par ces changements de société ? Comment l’artiste contribue-t’il à ces changements, comment en conserve-t’il la trace ? La société a-t’elle besoin de l’art, et si oui, de quel forme d’art ? Pourquoi la société aurait-elle besoin de l’art ? Que peut l’art pour la société ?
    Etant donné l’interaction historique entre les changements de société et les renouveaux artistiques, étant donné la co-construction médiatique subjective des réformes politiques, étant donné la difficulté pour la société civile de se saisir de la question politique, demandons-nous si l’art ne permettrait pas aux individus de comprendre et déconstruire des systèmes qui les oppressent. Étudions ce que la modernité a apporté à l’art, observons comment l'art interroge sa contemporanéité, et demandons-nous si le statut de l’artiste ne peut pas être repensé au coeur de la société.
  • Pour une valorisation de l'amateurisme en art

    L’amateurisme semble revêtir un caractère vertueux pour l’artiste créateur en ce sens qu’il se situe au croisement entre désintéressement et amour fou. L’amateur, dans son opposition au professionnel, oeuvre bénévolement. Il ne peut y avoir d’engagement bénévole sans un fort attachement à la pratique ou à la cause servie. L’amateur est également celui qui aime, qui apprécie cette spécificité à laquelle il s’adonne. Aujourd’hui le problème se pose tel quel dans le champs de l’art contemporain. Il s’agit d’être un professionnel légitime pour présenter son travail dans les lieux consacrés. Nous retrouvons souvent, dans le travail représenté par les galeries et les institutions, une mise à distance du réel et des enjeux sociaux. L’oeuvre d’art permet d’évoquer des sujets de société tout en laissant les enjeux sociaux aux portes de l’espace de monstration. Lorque, dans les années 70, Joseph Beuys conceptualise et met en oeuvre La sculpture sociale, il tente de redéfinir l’oeuvre d’art par rapport à l’humain producteur de sens, de politique et d’histoire. Beuys pensait que tout le monde était artiste : «chaque versant de l’activité humaine, même éplucher une pomme de terre, peut être une oeuvre d’art, du moment que c’est un acte conscient». L’idée étant que chaque décision qu’on prend doit être pensée et tentée afin de faire ou de contribuer à une oeuvre d’art qui, finalement, est la société. Ce point de vue invite ses adeptes à devenir plus humbles en réalisant qu’ils sont une part importante d’un tout et pas seulement des individus.
  • L'autoportrait en creux ou la possibilité d'identification à l'oeuvre

    La sensation d’autonomie du personnage nous rapproche de l'oeuvre. Comme si, par ce glissement, nous pouvions nous aussi changer de place et rejoindre la fiction, la peinture. Nous restons dans un environnement familier, balisé par les contours de l’oeuvre, mais quelque chose s’en échappe ; et ce quelque chose nous invite à nous échapper avec lui. En référence à l’inquiétante étrangeté décrite par Freud, nous nous trouvons confronté à « (...) l’incertitude intellectuelle. À proprement parler, l’étrangement inquiétant serait toujours quelque chose dans quoi, pour ainsi dire, on se trouve tout désorienté. » L’autoportrait en creux provoque l’inquiétante étrangeté, en ce sens qu'il s’agit d’un motif qui se repète à l’infini. Il offre de multiples portes d’entrée dans l’oeuvre, imbriquées les unes dans les autres. Entrer dans l’oeuvre par l’identification, c’est y plonger totalement comme aspiré par un trou noir, puis s’y perdre dans l’épaisseur d’une galaxie.
  • Que donne à voir l'autofiction ?

    Je crée un double artistique, Suspensio Regina, qui devient oeuvre. Sur la base d’une autofiction, je produis des oeuvres performatives, vidéo, des installations qui interrogent la forme de l’autoportrait. Obsedée par la construction de ce personnage iconique, je réalise des installations, performances vidéo, je produis des oeuvres visuelles dans lesquelles s’entrechoquent la réalité et la fiction.